Citation de la semaine 38
- Grégoire Taconet
- 17 mars
- 2 min de lecture

"Dès lors qu'on admet qu'aucune certitude n'est possible, je pense qu'on se doit aussi d'admettre que certaines choses sont bien plus proches d'être certaines que d'autres." Bertrand Russell
La psychothérapie, c'est un domaine où on doit beaucoup composer avec l'incertitude. Incertitude, c'est le plus évident, parce que chacun·e est différent·e : même la grille de lecture la plus fiable ne s'appliquera pas à toutes les personnes dont on peut observer la même attitude ou qui sont dans la même situation. Incertitude parce que de très nombreux modèles existent, avec des grilles de lecture, des méthodologies différentes. Et surtout incertitude parce que la psychologie en tant que science (qu'on situe ses débuts à Freud ou à William James -oui, c'est deux salles deux ambiances-) a à peine plus d'un tout petit siècle et sur certains aspects évolue parfois très vite, pas de quoi se pavaner en brandissant des vérités définitives.
Pour autant, estimer que tout se vaut n'est évidemment pas une solution satisfaisante. Je ne pense pas m'avancer de façon inconsidérée si j'estime que le NEO PI-R (test de personnalité du Big 5) est plus fiable que l'astrologie, ou que la thérapie des schémas à plus de chances de succès que l'immersion dans l'eau froide. Et l'enjeu, c'est la santé mentale des personnes accompagnées, donc c'est mieux d'avoir des éléments pour trancher!
Carl Rogers avait ce regard paradoxal à la fois de vérifier autant que possible l'efficacité de ce qu'il proposait, que ce soit le type de relance dans les entretiens thérapeutiques (il a été le premier à travailler à partir de séances enregistrées), les groupes de rencontres, les propositions pédagogiques, et d'accorder une importance fondamentale, incontournable, à la subjectivité ("La seule réalité dont je peux effectivement avoir connaissance est le monde tel que je le perçois dans le moment présent."). Paradoxe? En fait, pas tant que ça. Percevoir les limites de ses connaissances, c'est en soi les rendre plus solides. Et, comme le formule magnifiquement Bertrand Russel, la prudence n'implique en rien le relativisme. Thérapeutes, cherchez à la fois l'incertitude et les certitudes!
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