Citation de la semaine 37
- Grégoire Taconet
- 10 mars
- 2 min de lecture

"J'ai appris que ma personnalité entière était une réaction traumatique. Moi qui pensais que je m'aimais bien et maintenant je me demande ça c'est moi ou c'est une armure forgée pendant mon enfance dans un contexte de négligence? Putain on est passé·e·s aux choses sérieuses! Je vais être en train d'acheter un truc par exemple une lampe et genre est-ce que j'aime bien cette lampe parce que j'aime bien cette lampe ou parce qu'avec je me sens vu·e?" Alok Vaid-Menon
Dans cet extrait de son spectacle de stand-up Biology!, Alok Vaid-Menon parle des influenceur·se·s en développement personnel, mais ne faisons pas semblant, on peut faire exactement la même blague sur les thérapeutes.
Derrière ce sujet de la sur-interprétation, je vois le sujet du normal et du pathologique, qui peut en effet venir se glisser dans la thérapie de façon insidieuse. L'Approche Centrée sur la Personne permet de s'en prémunir... en théorie! Pas d'interprétation, on respecte le rythme, les représentations et les valeurs de la personne accompagnée, tout ça... En pratique, et c'est bien plus confortable de ne pas le voir, ce n'est pas si simple! Ce n'est pas si simple, parce que l'écoute implique de chercher à comprendre l'autre, et de l'aider à aller mieux, ce qui implique de construire des représentations du monde de l'autre et pour ça on ne peut partir que des nôtres, et d'avoir une idée de ce qu'aller mieux veut dire.
"La personne a telle ou telle idée, mais ça va évoluer dans tel sens pendant la thérapie", "mon ou ma client·e dit être satisfait·e de cette situation mais de toute évidence c'est parce qu'iel ne s'est pas encore aperçu·e que ça n'avait pas de sens", ... Le problème n'est pas tant que ça arrive (comme je l'ai expliqué ici, l'Approche Centrée sur la Personne, c'est compliqué à maîtriser vraiment) mais que, comme je l'ai dit plus haut, c'est insidieux. Pour éviter de faire pencher la séance dans tel ou tel sens, ou encore (ça peut avoir du sens dans certains cas) le faire en conscience, encore faut-il percevoir ce qui se joue, se rendre compte qu'il y a des interférences entre objectivité et subjectivité (et remettre notre propre subjectivité à sa place, généralement avec notre ego de thérapeute).
Mais surtout, je pense que ce n'est vraiment, vraiment pas neutre que cette blague soit faite par une personne non-binaire, dont l’œuvre concerne très majoritairement les discriminations subies par les personnes LGBT+. Le poids de la norme, les frontières parfois extrêmement arbitraires entre normal et pathologique, en général, les personnes LGBT+ connaissent, et n'en demandent pas tant! Et ce contexte rappelle que l'enjeu de l'autodétermination est loin d'être anecdotique. L'empathie, l'approche positive inconditionnelle, ça permet aussi d'éviter de perpétuer des discriminations dont potentiellement on n'a même pas conscience. Le fauteuil de thérapeute peut parfois donner un sentiment de légitimité pour expliquer des choses aux client·e·s, mais laissons donc, le plus souvent possible, nos client·e·s nous expliquer des choses à nous.
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